les Sirènes Culottées
Notre association est née d’un voyage en voilier entre filles ; trois copines sur une petite planète à voiles bourlinguant entre les îles de l’Atlantique. En juin 2025, Blandine et Marie-Lou rejoignent Loulou et son bateau Awen Atao à Porto-Santo, sur l’archipel de Madère, dans le but de remonter en Bretagne en passant par les Açores. Loulou prépare son retour à la maison après un voyage le long des côtes européennes, marocaines et canariennes, et suite à de nombreuses péripéties, l’envie de se retrouver entre amies à bord de son voilier se fait ressentir.
Du côté de l’équipage, les filles n’ont pas beaucoup d’expérience : quelques navigations côtières pour Marie-Lou, un voyage vers l’Irlande et autour de la Bretagne pour Blandine ; la motivation et la bonne humeur sont si présentes que ce n’est qu’un détail. Après quelques jours à profiter du climat et des rencontres de Porto-Santo, les filles mettent les voiles vers la première étape de leur voyage : Santa Maria, petite île au sud-est de l’archipel des Açores. Le voyage durera cinq jours, sous le soleil et les vents constants de la saison estivale. Le début de la traversée se révèle intense, il faut prendre le rythme ; mais au bout du troisième jour, l’équipage est rodé et les trois amies peuvent apprécier pleinement l’aventure.
Elles passeront trois semaines à attendre la bonne météo à Santa Maria. Lors de cette escale, l’idée d’interviewer les rares femmes qu’elles rencontrent pointe le bout de son nez. De fil en aiguille, un constat prend forme : s’il y a bien moins de femmes que d’hommes sur l’eau, et particulièrement loin de nos côtes, ce n’est pas parce que les femmes n’ont pas envie de naviguer… mais bien parce que la plupart d’entre elles ne s’en sentent pas capable. Nombreuses sont celles qui ont tout mis en œuvre pour apprendre la voile, entre bateau-stop, bourse aux équipiers ou petites annonces dans les ports, mais il arrive trop souvent qu’elles soient confrontées à des capitaines peu scrupuleux, ou mises de côté dès qu’il faut faire une manœuvre technique et physique ; l’apprentissage de la voile de croisière, pour qu’il se passe en sécurité, se réserve donc à celles qui ont les moyens de payer des stages de voiles dans des écoles agréées, et ce n’est clairement pas tout le monde. La voile, quand on est une femme, prend des allures de sport élitiste.
Au fil de leurs discussions, le joyeux équipage se rend compte qu’elles peuvent inspirer et donner envie de prendre le large ; il ne faut pas obligatoirement la présence d’un homme pour restaurer et préparer un voilier de voyage, et encore moins pour prendre des ris dans le gros temps ou barrer pendant des heures. Tout ce qu’il faut, c’est s’en sentir capable et se créer un espace sécuritaire pour apprendre, poser des questions et faire ses erreurs.
Marie-Lou, passionnée de vidéo, se lance dans un premier projet : un documentaire sur leur épopée, qui réunit les différents témoignages des femmes rencontrées et leur laisse la parole. L’idée est simple : montrer une réalité existante, ici le fait que les femmes n’osent pas prendre le large sans homme, et prouver qu’il est possible de le faire. En gros, défendre l’égal accès, aux femmes comme aux hommes, à la mer et à la voile hauturière.
Le voyage retour vers la Galice prendra onze jours, et les confortera dans l’idée qu’un équipage féminin vaut tous les équipages du monde.
Le projet Les Sirènes Culottées : cap au Nord ! verra le jour quelques mois plus tard.
Après un retour bien mouvementé par le golfe de Gascogne, les filles se séparent ; chacune retourne à ses projets et à sa vie. Au bout de quelques semaines, le manque du large se fait ressentir. Marie-Lou passe beaucoup de temps sur le montage de Maouez Ar Mor et les souvenirs du voyage affluent. Chacune de leur côté, les membres de l’équipage d’Awen Atao racontent leur épopée, et rencontre de nombreuses femmes se disant inspirées par leur aventure. C’est en se retrouvant au plein coeur de l’hiver breton, sur le voilier qui les a déjà tant fait vibrer, que Loulou et Marie-Lou lancent l’idée d’un prochain voyage en voilier avec, à la clef, un documentaire sur les femmes et la voile hauturière. Au programme, plus de farniente sous les tropiques, mais des montagnes enneigées et des fjords sauvages. Après quelques semaines à réfléchir, le projet se concrétise : Cap au Nord, c’est un voyage d’environ cinq mois à bord d’Awen Atao, en équipage féminin, qui quittera la Bretagne en avril 2027. L’équipage rejoindra l’Irlande, l’Ecosse, les îles Féroé avant de mettre le cap sur les terres Norvégiennes. Un voyage de plusieurs mois sur un vieux voilier de dix mètres rénové par nos soins, entre filles, et le tournage d’un film-documentaire qui, en montrant ce que c’est de partir sans grands moyens, entre filles, à bord d’un petit bateau, alliera découverte et sensibilisation, émerveillement et sororité, et qui, nous l’espérons, donnera envie aux plus jeunes de faire de même.
